L’orphelinage en France : une approche démographique

Que sait-on sur les orphelins et l’orphelinage ?

La plupart des études sur les orphelins portent sur les pays africains, notamment dans le contexte de la mortalité liée au sida, ou bien sur les orphelins en France ou en Europe dans les siècles passés. La seule étude quantitative récente sur les orphelins est celle d’Alain Monnier et de Sophie Pennec, qui exploite les données de l’enquête Etude de l’Histoire Familiale de 1999.

Perdre un parent pendant l’enfance pose des problèmes sur le plan économique et social. Les orphelin simples vivent très souvent avec leur parent survivant, le plus souvent leur mère. Ce parent se retrouve seul pour pourvoir aux besoins de sa famille, et peut être confronté à des difficultés financières. Il doit aussi faire face à des difficultés d’organisation matérielle, puisqu’il doit gérer seul les contraintes familiales et professionnelles. 

Lorsque l’enfant a perdu ses deux parents, il faut mettre en place une tutelle, c’est-à-dire une représentation légale de cet enfant. Il peut être pris en charge par sa famille élargie (le plus souvent) ou par l’Aide Sociale à l’Enfance. Dans ce cas, il peut acquérir le statut de Pupille, et vivre dans une structure collective ou être placé dans une famille d’accueil.

Le deuil d’un parent a également des retentissements psychologiques importants sur les enfants, qui doivent affronter la perte d’un être cher et d’un repère dans la construction de leur identité.

Quelles données peut-on utiliser pour estimer leur nombre ?

On peut utiliser différents types de sources :

  • Des enquêtes en population générale (auprès des ménages ordinaires), par exemple les enquêtes menées par l’Insee ou l’Ined. Ces enquêtes s’adressent le plus souvent aux personnes majeurs, mais on peut avoir des informations sur les enfants dans enquetés. Depuis 2006, la plupart des enquêtes de l’Insee comprennent une partie commune,  le Tronc Commun des Ménages : pour tous les habitants du logement, y compris les enfants, une question est posée pour avoir si la père et la mère sont vivants à la date de l’enquête.
  • Des enquêtes sur échantillon spécifique, par exemple sur les enfants placés, sur les pupilles de l’État, sur les enfants percevant une rente par l’Ocirp, etc.
  • Des sources administratives, par exemple celles de l’Ocirp ou de la Cnaf : ces données ne sont pas produites pour la recherche mais elles sont très ciblées (enfants percevant une rente d’éducation, ou dont la famille perçoit l’Allocation de Soutien Familial).

Combien sont-ils aujourd’hui en France ?

Pour estimer le nombre d’orphelins présents en France dans les années 2010, nous allons mobiliser plusieurs méthodes :

  • L’observation directe, c’est-à-dire l’exploitation de données d’enquête sur la survie des parents,
  • Le calcul démographique : il s’agit de calculer la proportion d’orphelins à un âge donné en utilisant des tables de mortalité adulte. On tiendra compte de l’âge moyen des parents à la naissance des enfants : plus les parents sont âgés, plus leur risque de décéder une année donnée est important.
  • Les modèles de micro-simulation : on simule une population dont les individus vivent certains événements démographique, comme se mettre en couple, donner naissance à un enfant, mourir. On peut ainsi étudier l’évolution de la population au bout d’un an, cinq ans, dix ans.

Ces méthodes permettent de connaitre le nombre d’orphelins à une date donnée : il s’agit d’une approche transversale. Parmi les orphelins âgés de 20 ans, certains ont perdu leur parent dans les premières années de leur vie, d’autre l’ont perdu quelques mois avant l’enquête.

Combien sont-ils dans les générations successives ?

Dans une génération d’enfants (c’est-à-dire l’ensemble des enfants nés une même année civile), combien perdent leur père ou leur mère avant l’âge adulte ? Parmi ceux qui deviennent orphelins, à quel âge en moyenne le deviennent-ils ? Répondre à ces deux question consiste à étudier l’intensité et le calendrier de l’orphelinage. Pour cela, nous allons calculer des risques de perdre son père et sa mère à chaque âge, en utilisant des données sur la date de décès des parents, qui permettent de connaitre l’âge des enfants au moment où ils deviennent orphelins.

Nous pourrons ensuite nous s’intéresser à l’évolution de l’orphelinage au fil des générations. D’une génération à l’autre, la proportion d’orphelins à un âge donné peut augmenter ou diminuer. Cette évolution dépend de deux facteurs : la mortalité des adultes et l’âge moyen à la naissance des enfants. La mortalité des adultes a diminué depuis dix ans, la proportion d’orphelins devrait donc diminuer également. Mais parallèlement, les enfants naissent de parents plus âgés en moyenne qu’il y a dix ans, donc soumis à un risque de mourir plus élevé : cela pourrait compenser partiellement le bénéfice lié à la diminution de la mortalité des adultes.

Qui sont-ils ? Dans quelles familles vivent-ils ?

Nous allons chercher à mieux connaitre la situation familiale, économique et sociale des orphelins, par exemple :

  • Les familles devenues monoparentales suite au décès de l’un des parents sont-elles des familles monoparentales « comme les autres », ou bien sont-elles particulières, et en quoi ?
  • Quelle proportion d’orphelins voient leur parent se remettre en couple, et vivent avec des demi-frères ou des demis-soeurs ?
  • Les enfants orphelins décohabitent-ils plus tôt, ou au contraire plus tard que les enfants de couples séparés d’une part, que les enfants de couples unis d’autre part ?
  • Les inégalités sociales face au risque de perdre un parent sont-elles plus, ou au contraire moins marquées qu’il y a dix ans ? Dans quelle mesure le retard de la fécondité, plus marqué dans les milieux favorisés, compense-t-il la mortalité adulte plus élevée dans les milieux défavorisés ?
  • Quel est le niveau de vie des familles avec des enfants orphelins ? Quelle part de leurs ressources provient des revenus d’activité, des aides sociales, des garanties versées par des organismes de prévoyance ?
  • Les familles des orphelins peuvent-elles mobiliser des solidarités familiales, amicales ou de voisinage afin de faciliter l’organisation de leur quotidien et la conciliation entre vie professionnelle et vie professionnelle ?